L’exception culturelle française Britishland

Quelle est à votre humble avis la première chose qui peut trahir un touriste, français de surcroît et fraîchement débarqué à Londres ?
A part son arrivée en fanfare à Waterloo, la Samsonite dans une main, la sacoche Vuitton dans l’autre, le téléphone portable coincé sous le menton et la verve gouailleuse ? Ce qui fait déjà beaucoup, certes…

Et bien, outre ces signes ostentatoires d’appartenance à une contrée « à part », il faut savoir que le Français cherche aussi le coffre du « cab » londonien pour se débarrasser du poids de sa culture.
Sauf qu’ici à Britishland, bein, le cab driver, il vous fait comprendre que la banquette et vos genoux c’est bien aussi pour faire dépose bagages. Alors, à l’assurance de son arrivée, succède l’air bête de la chute. Pas trop longtemps non plus car à peine sorti de son carrosse, il reprend du poil de la bête. Chassez le naturel…

En conquérant méthodique, il aura repéré un hôtel dans lequel ses valises feront une halte. Et en bon vivant, il se mettra en quête non pas du graal même si c’est typique aussi, mais à la recherche d’un pub tout ce qu’il y a de plus londonien.

Et là, c’est le drame. Car notre froggie va manquer de se faire renverser à chaque traversée de rue. En effet, le Français, avec sa vue basse et son air…benêt, regarde systématiquement dans le sens inverse du trafic.

Et comme le ridicule ne tue pas, bein, il entre et s’installe confortablement à une table en attendant…qu’on vienne le servir. Sauf que si le sens de l’observation lui était donné, il s’apercevrait que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Et ici, l’adage se vérifie plus que n’importe où ailleurs. Allez, un petit effort pour au moins remarquer que tout le monde est servi sauf lui, que le bar staff l’ignore prodigieusement. Il va et vient, le staff, mais ramasse des verres vides.

Notre cher concitoyen est déjà sur le point de s’offusquer lorsqu’il se souvient que c’est bien au bar que l’on commande et paie. Mieux vaut tard que jamais…

Dernière étape avant la fin du parcours du combattant : le demi. Hé oui, le Français a aussi l’habitude de boire des demis. S’il arrive à se faire comprendre, et c’est pas gagné, il aura aussi obtenu en prime des regards inquisiteurs voire légèrement méprisants des joyeux lurons de Britishland.

Et si tout part en sucette, comme en général le prédit la Sod’s law (la loi de Murphy), il ne se laissera pas abattre, notre Français. Dès le lendemain matin, il commandera eune ingliche bréquefeuste. Avec l’air du ravi de la crèche qui s’attend à voir débarquer des scones et des muffins et se retrouve face au luisant des saucisses, au carbone des champignons et autres fayots et bacon avenants…